Amérique centrale
Mulino ouvert à une présence commerciale de Taïwan au Panama, malgré les tensions diplomatiques
Le président panaméen, José Raúl Mulino, s’est dit jeudi disposé à examiner la possibilité que Taïwan ouvre un bureau commercial dans le pays centre-américain, si l’île en formule la demande. Panama avait rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan en 2017 pour les établir avec la Chine.
Le chef de l’État a fait ces déclarations au milieu de la controverse suscitée par l’annonce d’un voyage de parlementaires panaméens à Taïwan, une initiative qu’il a désapprouvée et qui a provoqué une réaction hostile de l’ambassade de Chine. Le gouvernement panaméen a qualifié cette réaction d’ingérence inacceptable dans ses affaires internes.
« Personne ne m’a jamais demandé quoi que ce soit au sujet de Taïwan, jamais, jamais, que ce soit sur la possibilité ou non d’ouvrir un bureau commercial taïwanais au Panama. Si une telle demande arrive, elle sera étudiée et j’en informerai le pays. Pas comme l’autre, qui a ouvert des relations avec la Chine en cachette, au milieu de la nuit », a déclaré Mulino lors de sa conférence de presse hebdomadaire.
Panama a établi des relations diplomatiques avec la Chine en juin 2017, au détriment de Taïwan, dans une décision surprise du gouvernement de l’ancien président Juan Carlos Varela (2014-2019).
Mulino a insisté sur le fait que l’accord signé entre la Chine et le Panama il y a plus de huit ans « stipule clairement qu’aucune relation de quelque nature que ce soit ne peut être entretenue avec Taïwan, ni tacite ni explicite, contrairement à ce que font d’autres pays, à commencer par les États-Unis, qui disposent d’une section d’intérêts taïwanais à Washington ».
Il a également rappelé qu’il ne faut pas être « ingrat » ni oublier que « Panama a été un grand ami de Taïwan et Taïwan un grand ami du Panama », évoquant l’aide financière que l’île — considérée comme rebelle par la Chine — avait accordée au pays après l’invasion américaine de 1989, notamment pour l’aider à payer les intérêts en souffrance de la dette extérieure, conséquence des sanctions des États-Unis.
« Taïwan s’est mouillé pour le Panama, a misé sur nous et nous a apporté de l’argent et du soutien. Ils avaient même un important programme agricole à l’intérieur du pays (…). Tout cela a disparu, et voilà où nous en sommes aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Le président a réaffirmé que son gouvernement « n’approuve pas ce voyage » d’une dizaine de députés à Taïwan « sous aucune circonstance, car je sais que les conséquences peuvent être complexes ».
Amérique centrale
Le Costa Rica dénonce la fermeture de l’espace civique au Nicaragua après les propos d’Ortega sur les élections
Le gouvernement du Costa Rica a réaffirmé lundi sa préoccupation face à la fermeture des espaces civiques et aux persécutions visant les voix dissidentes au Nicaragua, après que le dirigeant nicaraguayen Daniel Ortega a déclaré qu’il n’autoriserait pas de processus électoraux pouvant menacer la continuité du pouvoir en place.
Dans un communiqué, le ministère costaricien des Affaires étrangères a rappelé qu’il n’avait pas reconnu les élections générales organisées au Nicaragua en 2021, estimant qu’elles s’étaient déroulées sans conditions ni garanties démocratiques suffisantes.
San José a également réaffirmé son engagement en faveur de la tenue d’élections libres, transparentes, pluralistes et démocratiques dans le pays voisin.
Le Costa Rica a rappelé que, lors de l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) en juin dernier, le ministre des Affaires étrangères Manuel Tovar avait exprimé l’inquiétude de son pays concernant la détérioration de la démocratie et des droits humains au Nicaragua. Il avait notamment cité des accusations d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées, de restrictions aux libertés fondamentales et de pressions exercées contre des responsables religieux.
Les relations diplomatiques entre les deux pays restent limitées au niveau consulaire depuis 2018, lorsque l’ancien président costaricien Carlos Alvarado avait décidé de ne pas nommer d’ambassadeur à Managua en raison de la répression menée par le gouvernement nicaraguayen contre les opposants et les manifestants.
La réaction du Costa Rica intervient au lendemain des déclarations de Daniel Ortega lors d’un événement organisé à Managua à l’occasion du 47e anniversaire de la révolution sandiniste. Le dirigeant avait alors exclu toute possibilité d’alternance politique par les urnes.
« Ici, au Nicaragua, il n’y aura plus d’élections pour qu’ils essaient de prendre le gouvernement, de prendre le pouvoir », avait déclaré Ortega, au pouvoir depuis 2007, alors que son gouvernement est régulièrement accusé de fraudes électorales et de persécution contre l’opposition.
Depuis février 2025, son épouse Rosario Murillo occupe le poste de coprésidente du Nicaragua après une réforme constitutionnelle ayant renforcé les pouvoirs de l’exécutif, réorganisé les institutions de l’État et introduit la possibilité de retirer la nationalité à certains citoyens. Ces changements ont également prolongé la durée du mandat présidentiel, repoussant théoriquement les prochaines élections générales prévues pour 2026 à novembre 2027.
En janvier dernier, le Département d’État américain avait contesté la nomination de Murillo comme coprésidente, affirmant qu’elle avait accédé au pouvoir « sans élections, sans mandat et sans légitimité », et accusant le gouvernement nicaraguayen d’éviter un véritable processus électoral compétitif.
Amérique centrale
Juan Orlando Hernández annonce son retour au Honduras et demande à être jugé en liberté
L’ancien président du Honduras Juan Orlando Hernández a affirmé lundi qu’il espérait affronter en liberté la procédure judiciaire ouverte contre lui pour des accusations présumées de fraude et de blanchiment d’argent, tout en assurant que l’État lui fournirait les garanties de sécurité nécessaires pour son retour au pays.
Dans une interview accordée à l’agence EFE depuis la Floride, aux États-Unis, l’ex-chef d’État a annoncé qu’il voyagerait dimanche prochain à bord d’un vol privé reliant Miami à l’aéroport international de Palmerola, à Comayagua, où il entamera les démarches pour comparaître devant la justice hondurienne.
Juan Orlando Hernández a expliqué avoir demandé il y a six mois à pouvoir suivre la procédure en liberté. Bien qu’il n’ait pas encore reçu de réponse officielle, il estime que sa situation devrait bénéficier du même traitement que celle d’autres personnes impliquées dans cette affaire.
L’ancien président a affirmé ne voir aucune raison de rester détenu. « Je ne vois absolument aucun obstacle (pour être en liberté) », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé le cas de l’ancien président hondurien Porfirio Lobo, qui avait fait face à une procédure similaire et dont les accusations avaient été abandonnées lors de l’audience initiale.
Hernández, qui a dirigé le Honduras de 2014 à 2022, doit désormais se présenter devant les autorités judiciaires honduriennes afin de poursuivre le processus ouvert à son encontre.
Amérique centrale
Crise diplomatique entre Managua et Rome autour du refuge accordé à un ancien militant italien condamné
Le gouvernement du Nicaragua a annoncé jeudi la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Italie après des critiques formulées par Rome concernant la présence dans le pays d’Alessio Casimirri, ancien membre des Brigades rouges condamné à plusieurs peines de prison à perpétuité pour son implication dans l’enlèvement et l’assassinat de l’ancien Premier ministre italien Aldo Moro en 1978.
Dans un communiqué, le ministère nicaraguayen des Affaires étrangères a déclaré mettre fin aux relations diplomatiques avec l’Italie en raison de déclarations jugées « injustifiées, agressives et irresponsables » du ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, au sujet du dossier Casimirri.
Le chef de la diplomatie italienne avait dénoncé mercredi le fait que le gouvernement des coprésidents Daniel Ortega et Rosario Murillo continue d’accueillir Casimirri, qui vit au Nicaragua depuis plusieurs décennies.
« Nous ne partageons rien avec la vision de gouvernements extrémistes comme celui du Nicaragua, un pays qui protège des terroristes dangereux comme Alessio Casimirri, qui a tué Aldo Moro, l’un des hommes politiques démocrates-chrétiens les plus importants d’Italie », a déclaré Tajani lors d’un forum de dirigeants conservateurs européens et ibéro-américains organisé à Madrid.
Le ministre italien a ajouté que la présence de Casimirri en liberté au Nicaragua était « inacceptable » et assuré que Rome continuerait à demander qu’il réponde devant la justice pour les crimes pour lesquels il a été condamné.
Tajani a également rappelé qu’une résolution du Parlement européen avait déjà demandé que l’ancien membre des Brigades rouges soit poursuivi conformément aux décisions judiciaires italiennes.
De son côté, le gouvernement nicaraguayen a accusé le ministre italien d’avoir adopté une attitude « arrogante » et d’avoir porté atteinte aux principes de respect entre les peuples et les gouvernements.
Alessio Casimirri, ancien militant des Brigades rouges, a été condamné en Italie à six peines de réclusion à perpétuitépour son rôle dans l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, une affaire qui reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique italienne contemporaine.
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